Que faut-il retenir des étourdissantes montées et descentes à bord des « montagnes russes » des F&A (fusions et acquisitions) de

L’effondrement de la bulle techno d’il y a dix ans n’est plus qu’un vague souvenir, tout comme les convulsions économiques qui ont suivi les tristes célèbres attaques du 11 septembre. Bien que les hauts et les bas qui nous a amenés de la reprise à la croissance ait été grisants au milieu de la dernière décennie, si l’on fait un retour arrière à partir du milieu de l’année 2008 jusqu’à la fin de 2009 (période de 18 mois), ce qui se distingue est l’extraordinaire recul et dévastation économique que nous avons éprouvés. À l’aube d’une nouvelle décennie marquée par la reprise, nous avons quelque peu mûri, mais nous n’en sommes pas moins un peu « commotionnés ». À souhaiter qu’à partir de maintenant, nous soyons devenus plus réalistes à l’égard de nos « grandes espérances » pour la prochaine décennie. Les étourdissantes montées et descentes que nous avons vécues ces dix dernières années se sont peut-être arrêtées pour le moment, mais seulement le temps qu’il faut pour permettre à quelques braves de monter à bord et à d’autres de descendre du manège.  Comme il semble devoir repartir vers le haut, quelles auront été les tendances importantes qui ont marqué le monde des fusions et acquisitions ces dix dernières années et qui pourraient nous aider à mieux prévoir comment affronter la prochaine remontée?

Tendance historique 1 – Émergence des groupes de souscriptions privées (les GSP) dont l’action alimente l’activité F&A parmi les petites et moyennes entreprises (sociétés dont la valeur est inférieure à 50 millions de dollars).

 Forts de leur optimisme qui les poussait à prendre comme acquis les rendements sur leur capital investi et ayant dégagé un rendement moyen de près de 10 % en 2000 et 2001, les GSP se sont lancés dans une orgie d’achats (faciliter par l’accès au levier financier) qui a atteint un sommet en 2007. Pitchbook rapporte que, collectivement, les GSP n’ont investi que 36 milliards $ en 2002, la moitié des opérations conclues ayant compté pour des montants transactionnels inférieurs à 50 millions $.  En 2007, 575 milliards $ avaient été investis en acquisitions, dont 60 % des opérations conclues se situaient dans la tranche inférieure à 50 millions $.  Quoique la taille de l’opération moyenne ait explosé pour atteindre un extraordinaire 204,3 millions de $ en 2007, elle s’est heurtée à la réalité pour terminer à décennie autour des niveaux de 2002. (43,9 millions de $ ayant été la taille moyenne des opérations en 2009, dont 50 % des opérations conclues s’étaient à nouveau situées dans la tranche inférieure à 50 millions $). Quelle différence peuvent faire une couple d’années, comme en font foi ces « montagnes russes » d’activité!  

Tendance historique 2 – Les activités F&A au fil de la dernière décennie ont abouti à un rendement des capitaux négatif.

Dernièrement, une étude McKinsey a analysé les données tirées de toutes les opérations F&A publics entre 2000 et 2009, et conclu qu'en moyenne, 62 % des acquéreurs avaient payé trop cher les opérations qu’ils avaient lancées. Pitchbook rapporte que les opérations de souscriptions privées sont dans une descente prononcée depuis 2005, avec des rendements se situant dans la fourchette de -20 % à -50 %, voire davantage. Ceci revient à dire que ces opérations comportaient un rapport prix/valeur trop élevé.  Ces transactions se sont avérées insoutenables et, pour cette raison, les propriétaires d’entreprises devraient se garder d’anticiper un retour à ce niveau à un moment quelconque dans un proche avenir, voire dans un avenir prolongé. Ce qui a nourri cette activité historique F&A à multiples irréalistes était que les acquéreurs stratégiques étaient toujours disposés à payer davantage suivant le raisonnement qu’en intégrant rapidement les entreprises acquises, ils pouvaient réaliser un maximum de synergies possibles. Le crédit étant largement disponible; on croyait également que la croissance qui passe par une stratégie d’acquisitions serait beaucoup plus facile et rapide à atteindre que la croissance organique habituelle.   

L’histoire tend à se répéter, mais avec quelque chose de pervers.

Il se peut que le déclin des opérations F&A par comparaison à ce qu’elles étaient lors des années fastes de 2007 n’ait pas été tellement le fait de l’établissement d’une « nouvelle norme », mais plutôt un retour aux tendances historiques vécues dans les années 1980 et 1990, lorsque la disparition du crédit facile d’alors avait créé un recul analogue des acquisitions par emprunt.  Si la tendance se poursuit pour une quatrième décennie consécutive, les « montagnes russes » vont aussi se remettre en marche.  Nous entrevoyons l’amorce d’une nette reprise de l’activité F&A en début de cette nouvelle décennie, et les tendances dénotent que la période de crête pour les acquisitions va visiblement survenir à vers 2015 et 2017; mais quelle en sera l’effet pervers,  qu’est-ce qui sera différent? Au cours des dernières décennies, le regain de productivité que nous ont apporté la Chine et l’Inde en nous procurant des biens et services à des prix extrêmement bas a créé un énorme surplus de liquidité à l’échelle planétaire qui s’est vu canaliser vers des investissements en quête de rendements supérieurs. Ceci a contribué à démarrer la chaîne d’événements économiques que j’ai caractérisée de « montagnes russes ».  Subitement tout d’un coup, les marchés développés ont compris l’interdépendance d’une économie mondialisée.  Tout ce qui ressemblait aux anciens modèles ne valait plus.  À présent que nous avons appris que le monde est entièrement entrelacé, l’effet pervers veut que nous ayons à élaborer un modèle entièrement nouveau.

Plutôt que de surveiller les « montagnes russes » des F&A de loin, beaucoup plus d’investisseurs chinois vont se présenter aux tourniquets pour profiter de la nouvelle remontée.

McKinsey a récemment étudié les opérations F&A asiatiques réalisées au cours de la dernière décennie aux fins d’analyser le motif caché derrière ces opérations. Cinquante p. cent ont prétendu que l’expansion dans les nouveaux marchés, dans un secteur d’activité voisin, ou dans des secteurs d’affaires connexes constituait le motif raisonné derrière l’opération.  Un autre 20 % a dit que c’était l’acquisition d’une nouvelle capacité organisationnelle, tandis que pour 18 %, l’objectif était d’accéder à des ressources limitées, et de créer une intégration verticale pour assurer la sécurité de leurs approvisionnements, ou les deux.  Il y a dix ans, seulement 10 % de toute l’activité F&A à l’échelle mondiale était mise en route dans la région de l’Asie-Pacifique.  De 2007 jusqu’à la fin de 2009, la région de l’Asie-Pacifique a compté pour 26 % de toute l’activité F&A mondiale, ce qui démontre une augmentation importante à la fin de la dernière décennie. Les investisseurs chinois sont parfaitement conscients que de bonnes affaires n’attendent qu’à être saisies dans cette partie du monde, et ils ont accumulé plein de « munition » ou de capital prêt à être déployé.  Ils sont patients et recherchent activement des opérations accumulatives de valeur.  On s’attend à ce que les « montagnes russes » des F&A démarre lentement, mais à ce qu’il monte en puissance au cours de la décennie qui s’amorce, étant une fois encore alimenté par les prises de contrôle par emprunt sous l’effet de la venue des nouveaux investisseurs chinois.  Ce que ceci signifie pour les sociétés nord-américaines qui désirent participer activement « cotés vendeurs » à bord de la nouvelle balade de la présente décennie feront l’objet de la Partie Deux du présent article à paraître le mois prochain.  

Stephen Reisler est associé fondateur et membre du conseil d’administration de ROCG Americas LLC, cabinet conseil international spécialisé dans la prestation de services de transition aux entreprises et, plus particulièrement, aux PME à caractère privé. Il est aussi accrédité comme conseiller en Fusions & Acquisitions (CM&AA) et son bureau est à Montréal. On peut communiquer avec lui au (514) 842-3909 ou par courriel à stephen.reisler@rocg.com.